lundi 28 février 2011

L’Illusionniste

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Année: 2010
Genre: Animation, Comédie Dramatique, Muet 
Réalisateur: Sylvain Chomet
Scénario: Jacques Tati

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Au milieu des années 50, alors que le rock et les jukebox commencent à s’imposer, un illusionniste en fin de carrière forcée quitte son théâtre pour tenter de trouver un dernier public. Il interprète son numéro habituel le temps d’un soir dans les cafés, les pubs et les music-halls qu’il croisera sur sa route. C’est ainsi qu’il va rencontrer dans un pub Irlandais une jeune fille qui va le suivre dans son périple.

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A travers une multitude de mini-portraits de personnages aussi nombreux qu’insolites et de quelques plans larges de paysages somptueux, Sylvain Chomet créé un univers plein de vie pour y faire évoluer deux personnages. Adapté d’un scénario original de Jacques Tati – un clair hommage lui est d’ailleurs rendu pendant le film - L’Illusionniste est marqué par la pâte d’un maître bien que Sylvain Chomet y ai largement apporté sa touche personnelle. De part son allure, son style vestimentaire, son âge et son expérience, c’est tout d’abord l’illusionniste qui rappelle Tati lui-même ainsi que son personnage dans Mon Oncle - lui qui subissait l’évolution des mœurs face à l’émergence d’une culture globale dans le Paris des années 50. Les deux histoires étant de plus très proche. On retrouve également le style et le ton propre à Tati, son amour pour les petites choses, les bouts de vie qui, mis bout à bout, créés le mouvement perpétuel de la vie.

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C’est donc autour de situations simples et (souvent) comique, au cœur de la ville et de son émulsion incessante, que notre couple insolite se cherche une place. L’illusionniste aimerait être reconnu pour son travail, changeant pour cela chaque jour de lieu de représentation. La jeune fille, quand à elle, découvre la vie, goute à ses plaisirs et ses folies sous l’œil bienveillant de son tuteur qu’elle croit être un véritable magicien. Lui est en fin de carrière, plein de désillusions et vide d’espoir. Elle, entame ses premiers pas dans le grand monde, sans apriori et pleine de rêves.

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Initialement une lettre pour sa fille, ce scénario de Tati est quelque peu auto-biographique, mettant en abîme sa relation père/fille. L’action prend donc place dans un lieu qu’il connait bien – lui qui avait fait ses débuts au théâtre – et son illusionniste connait ses maux et tourments. A travers eux – et notamment grâce à l’innocence d’Alice – il remet en question des thèmes plus généraux tel que  la véracité de la magie. Nombreux sont les personnages issu du monde du spectacle et certains plus que d’autres subissent la désillusion d’un monde en perte de repères – la scène du suicide d’un clown, seul avec son verre de whisky dans un appartement miteux, restera l’une des plus marquante. Sans pour autant être un véritable drame, l’Illusionniste est donc marqué par une profonde mélancolie, une nostalgie contre-balancée une fois encore par la joie de vivre d’Alice.

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Un message fort de sens mais qui pourtant n’a jamais recourt à la parole pour être transmis. Comme la plupart des films de Tati, l’Illusionniste est en effet quasi muet, les personnages baragouinant parfois une langue universelle et incompréhensible servant uniquement à leur donner une intonation, une présence sonore. Rien n’est donc dit mais pourtant tout se comprend notamment grâce à une bonne mise en scène de l’action – qui n’atteint pourtant, on le verra plus tard, jamais l’excellence du maître. Ensuite, c’est au tour de l’habillage sonore de venir pallier, d’une part l’absence de son direct – comme dans tout film d’animation – et d’autre part cette absence de dialogues. Malheureusement, Sylvain Chomet a choisi une sobriété qui certes fait sens, contribuant à développer une poésie subtile, mais qui n’est finalement que trop peu convaincante. Avec une unique ritournelle jouée au piano pour bande-originale et des univers finalement trop pauvres pour se revendiquer minimaliste, on peine souvent à se plonger efficacement dans l’ambiance et à oublier l’irréalité du dessin.

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Pourtant, et c’est là surement la plus grande force du réalisateur, ses dessins sont superbes. Epaulé par les derniers animateurs et graphistes 2D – les séniors comme nommés dans le générique – Sylvain Chomet signe une nouvelle œuvre graphique époustouflante à mis chemin entre deux époques. Dessin animé au sens premier du terme, L’Illusionniste est entièrement dessiné à la main, scanné puis peint numériquement et saupoudré discrètement d’effets numériques - notamment pour des effets de fumée - ce qui lui donne un charme indiscutable. Les traits fins créés un univers réaliste mais pourtant débordant d’une magie et d’un onirisme servant parfaitement le propos. Certaines couleurs sont étirées comme des aquarelles, d’autres aplaties comme des vectorielles, formant un mélange atemporel et incomparable. Sans pour autant égaler le charme des Triplettes de Belleville - premier film du réalisateur – l’Illusionniste développe son propre univers coloré, sensoriel et profondément mélancolique.

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Dans le fond, Sylvain Chomet respecte donc l’œuvre qu’il adapte en conservant les éléments fondamentaux du style de Tati et parvient même, grâce à ses talents esthétiques, à transformer son adaptation animée en un touchant hommage. Cependant, il n’en maitrise pas toute les composantes. Certaines scènes semblent anecdotiques, d’autres peinent à justifiées de leur utilités car inégalement misent en scène. Face à l’ampleur et à la diversité imposée par un tel film choral, Sylvain Chomet manque donc d’un soupçon de talent pour que l’illusion prenne totalement. Récompensé du César du Meilleur film d’animation 2011 – tout de même – l’Illusionniste reste une œuvre d’art catégoriquement à part, entre deux époques stylistiques et sociétales et qui rend, avec respect et même admiration, hommage au géni Jacques Tatischeff.

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3 commentaires:

  1. "Les traits fins créer un univers réaliste mais pourtant débordant d’une magie"

    "les bouts de vie qui, mis bout à bout, créer le mouvement perpétuel de la vie. "

    http://conjugueur.reverso.net/conjugaison-francais-verbe-cr%C3%A9er.html

    "L’action prend donc place dans un lieu qu’il connait bien – lui qui avait fait ses débuts au théâtre – et son illusionniste connait ses maux et tourments. A travers eux – est notamment grâce à l’innocence d’Alice "

    http://fr.wikibooks.org/wiki/Fran%C3%A7ais/ET_et_EST

    Maître Capello

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  2. J'avoue c'est un peu chaud comme faute... Merci maître capelo j'en prends bonnes notes. J'avais envie de poster avant de partir faire autre chose, j'aurais du me relire.
    Ça prouve au moins que quelqu'un me lis entièrement.

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  3. C'est corrigé! -et sans l'aide des conjugaisons en ligne, attention - ;)
    Si maître Capello pouvait, la prochaine fois, prendre le temps de critiquer le fond autant que la forme de mes articles, j'en serais encore plus ravi.

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