vendredi 12 juin 2009

[Livre] Flash, ou le grand voyage.

9

Année: 1974
Genre: Aventure, Drogue, Drame 
Auteur: Charles Duchaussois

Récit autobiographique d’un junkie. Boum, comme introduction, sa claque. Flash vous raconte l’histoire d’un Français: Charles Duchaussois, parti de Marseille avec comme seul but de faire le tour du monde à pied, sans un sous en poche. Plongez dans les années 70, années de débauches, de rêves, de voyages, de rencontres… bienvenue dans les années hippies. De Marseille à Katmandou en passant par le Liban, le Koweït, Istanbul, l’Inde, l’Afghanistan.. Pour ne pas vous gâcher le plaisir, comme le fait si bien le résumé au dos du livre, je ne vais pas vous résumer son voyage et ses expériences, je vous montre seulement cette carte et vais vous retranscrire quelque passage du livre.

Flash carte

“En novembre 1962, l’ID m’est définitivement confisquée. Le lundi suivant, je ne vais pas au bureau. Avec 500F en poche, en jeans, col roulé et blouson, un sac au dos, des lunettes noires sur le nez, je prends le métro pour la porte d’Orléans et je pars en stop vers Marseille. Tout seul. L’aventure commence…”

“D’emblée j’ai été admis. C’est une chose d’ailleurs que je remarquerai tout au long de mon voyage au bout de la drogue. Jamais dans un groupe on ne refuse de la drogue à quelqu’un. Tout est en commun. Qui en a, en donne. Qui n’en a pas, en prend. C’est la fraternité la plus totale. Encore une fois le shilom est entre mes mains. Depuis combien de fois me parvient-il ? Je ne sais plus. Je ne compte plus. Je suis complètement “parti”. Et je n’ai plus aucune envie d’arrêter ça. D’ailleurs, ça ne vas pas s’arrêter.”

“Tout autour de moi, dans le silence chaud et lourd de la nuit, de petites braises luisent à tour de rôle, au rythme des aspirations. Je suis bien, je suis heureux. J’ai le nez assez fin pour respirer tous les parfums du monde, le regard assez perçant et la bouche assez grande pour voir et manger tous les biens de ce monde. La nature tout entière me semble un paradis terrestre fait pour être dévoré à belles dents, étreints avec tout mon corps. Demain, je repartirai et l’Orient m’ouvrira ses portes. Désormais, je ne resterai pas un seul jour, une seule nuit, sans me droguer.”

“Le vieux est très étonnant. Il a une manière de fumer le shilom que je n’ai jamais vue à personne. Maigre comme il est, il a naturellement les joues très creuses et rien que la peau sur les os. Mais quand il prend son shilom, le pose rituellement sur son front, et se met à faire son bam-bam-bam-bam-boulé ! rituel pour se vider les poumons avant d’aspirer la fumée, il est unique. Il se vide tellement les poumons qu’il a l’estomac (il est toujours torse nu, ce qui fait qu’on le voit bien) qui se rétrécit tellement que de profil il n’est alors pas plus large que l’épaisseur de sa colonne vertébrale. Puis il aspire. Et alors d’un seul coup, il vide tout le shilom.”

“C’est ce qu’il ne faut jamais oublier, quand on essaie de s’imaginer ce qu’ont été ces quelques mois durant lesquels une colonie d’Européens drogués s’est abattu su la capitale du Népal avant d’être peu à peu décimée par les flippages, les overdoses, les hépatites et les expulsions: à Katmandou, au temps dont je parle, la vie n’est pas la vie ordinaire. Les actes les plus ahurissants, les conversations les plus démentielles, les excès les plus énormes sont monnaie courante. Nous sommes une petite société qui vit dans une ivresse permanente, celle des dizaines de drogues de toutes sortes que nous fumons, mangeons, prisons, nous distillons dans les veines. Une électricité permanente règle seule nos rapports. Matin, midi, après-midi, soir, nuit, sont des mots qui n’ont plus de sens. Le rythme solaire n’existe plus. Nous mangeons quand nous avons faim, jamais à des heures régulières, nous dormons quand l’envie de dormir se fait plus forte que l’excitation de la drogue. Le normal n’existe plus. C’est l’anormal qui le devient.”

“Les séances de musique, quotidiennes, et qui durent parfois plusieurs jours de suite sans interruption, sont quelque chose d’incroyable. Pour le comprendre, il faut essayer de s’imaginer ce que peut-être une musique jouée par des types complètement défoncés. Rien à voir avec la musique normale. C’est quelque chose d’indéfinissable, d’irréel, de jamais entendu. Les tonalités est les accords les plus étranges se succèdent, les rythmes se mélangent, cela va de la mélopée au tam-tam le plus syncopé. Et pendant ce temps, les spectateurs écoutent immobiles, comme envoûtés. Mais chaque note pince leurs nerfs de vibrations inouïes, chaque son leur donne des élancements délicieux dans le corps entier. Nous sommes alors tous La Musique, nous sommes des Dieux, nous sommes Le Rythme, nous sommes Le Son.”

“Bientôt, toutes ces drogues me sont devenues familières. Je sais exactement quel flash me donnera celle-ci, quelles sensations, telle autre, les particularités de chacune, les précautions à prendre, les conditions qu’il faut respecter, etc. Mais fatalement, du même coup, il n’y a plus de nouveauté, plus de surprise. En quelque sorte, je suis comme avec une maitresse qu’on commence à connaitre trop bien et dont on se lasse progressivement, même si on ne peut s’en passer.”

“Je me sens être, comme jamais je ne l’ai senti, un ensemble de molécules formant un corps où est la vie, concentrée autour d’un regard. Et comme jamais je ne l’ai senti avant, je me sens à la surface, tourmentée, pierreuse, terreuse, feuillue, herbue, mais bloc minéral quand même et surtout, d’une planète appelée Terre par les hommes, mais qui n’est qu’un grain de poussière gravitant dans l’espace intersidéral, dans l’infini des distances, dans l’infini du temps. Je pointe mon doigt droit devant moi. Une ligne s’en échappe qui fuse, toute droite, vers l’espace. J’ai lancé un trait qui ne s’arrêtera jamais d’avancer… Jamais ! Jamais ! Jamais ! La conscience physique du vide de l’espace me prend à la gorge. Où que je tende le doigt, il n’y aura jamais, jamais, jamais de mur pour arrêter la ligne droite qui en part!… J’éprouve, comme je ne l’ai jamais éprouvé auparavant, la violence atroce de la phrase de Pascal: “Le silence des espaces infinis m’effraie.” Oui, c’est bien ça. Une terreur accélérée me monte dans la gorge. Le secret du monde est là et il est affreux: jamais de fin, jamais de fin, jamais… Le silence en avant, toujours en avant, de tout les côtés, pour toujours… C’est un supplice, une torture !”

Charles_Duchaussois

Véritable bible pour de nombreuse génération de traveller, véritable témoignage d’une époque, celle où rêver, voyager, se droguer, faire de la musique, partir à la rencontre des gens semblait naturel. Le livre se lit très vite, car le style de Charles est asses simple, chaque paragraphe a son importance tellement l’histoire est dense. Sans faire l’apologie de la drogue, Charles nous raconte son expérience, je vous laisse découvrir la finalité de sa relation avec la drogue. Décrit de manière la plus simple possible, on se reconnait à de nombreuses reprises dans la personnalité de Charles, dans son expérience… bref voici le récit d’un jeune rêveur, débrouillard, qui se livre de manière thérapeutique au lecteur, afin de partager avec lui son expérience mais également afin que lui-même parvienne à recoller les morceaux de son formidable voyage.

Où se le procurer ?

  • Fnac.com      (5.70€ frais de port gratuit)

1 commentaire:

  1. Flash ou le Grand Voyage bientôt en BD ?

    A voir ici : https://vimeo.com/64950662

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